PREAMBULE

 

Quatre jours avant son décès accidentel, Jean de Bengy annonçait avoir mis un point final à son dernier ouvrage «…  quand le regard s’empare des territoires … ».

 

Cet ouvrage est la continuation d’une tâche entamée dans son œuvre précédente : « la quatrième blessure », dont l’argument était la négation du pouvoir comme fonction déterminatrice du destin collectif.

 

Mais  « dès lors que l’amour et le pouvoir sont compromis que reste-t-il au-delà des gestes qui transforment la matière et des signes futiles qui façonnent la mémoire … (1)» , il semblerait qu’il n’y ait d’issue possible que dans une « …interrogation plus profonde sur le langage, sur la nature du signe comme double du réel, et donc susceptible en retour de toutes sortes de permutations…(2) » car l’écriture, moyen de formulation et de communication des systèmes de pensée, ne pourrait-elle devenir dans un entremêlement du regard et des mots le lieu de formation d’une autre intelligence.

 

Cette conception extrême de la littérature est bien « …une tentative forcenée de faire remonter à la surface du sens quelque chose qui ressemblerait encore vaguement à un dialogue.(3) ». Mais il ne s’agit pas tant de conversations entre quelques êtres que des discours croisés d’une contemplation et d’une écriture s’amalgamant pour transcrire la matière et en modifier l’apparence tout en traversant elles aussi d’infinies variations. C’est le seul objet de cet ouvrage.

 

(1) François Pluchart

(2) Michel Sicard

(3) Philippe Boyer